mardi, octobre 14, 2008

Ceci tuera cela... par François Taillandier -blog Livres -Hebdo 14 octobre 2008

Ceci tuera cela...

Je lis dans les réactions à ce blog : pourquoi ne parle-t-on pas ici de Jean Rome ? Ce correspondant doit savoir, j’imagine, que je proviens de Clermont-Ferrand. Et bien sûr le décès de M. Rome m’a attristé. Sa minuscule et riche librairie se situait au pied de la cathédrale, et de l’imposante façade édifiée par Viollet-le-Duc. On pensait au célèbre chapitre de Victor Hugo : « Ceci tuera cela ». Jean Rome ne songeait sans doute pas à tuer la cathédrale, mais le fait est que quelques bigots lui cherchèrent noise, notamment pour avoir présenté en vitrine le livre de Jacques Henric illustré par le tableau de Courbet « L’Origine du monde ». Véritable anar, Jean Rome accueillait par principe tous les livres mal vus pour quelques raisons que ce soit. J’ai hanté son magasin durant toutes mes années de fac. Entre deux clients, il lisait. Il lisait tout le temps. Son idée de la librairie renvoyait à Montaigne plus qu’à Virgin ou Amazon. Souvent, hélas, nous attendons que les gens ne soient plus là pour comprendre combien ils manqueront.


http://www.livreshebdo.fr/weblog/webLogComments.aspx?id=29&idTxt=328&


NDLR:

La sentence Ceci tuera cela que profère un personnage de Notre-Dame de Paris, l’archidiacre de la cathédrale Claude Frollo, est développée par Hugo en un chapitre qui précise le sens de ces "paroles énigmatiques" situées en 1482 : "Le livre va tuer l’édifice". Prophète à sa manière de "la galaxie Gutenberg", l’auteur affirme que l’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. Belle formule

Jean-Pierre Chambon >> Prix Albert Dauzat décerné par la Société de linguistique romane (1985)

Jean-Pierre Chambon
Né le 20 juin 1952 à Clermont-Ferrand.

Professeur de linguistique romane et de langue et littérature d’oc ;

Professeur des universités
Directeur de centre
Centre d’enseignement et de recherche de la langue et littérature d’OC
LINGUISTIQUE ROMANE ET LANGUE ET LITTERATURE D’OC

Section 09 : Langue et littérature françaises
UFR Langue française

Prix Albert Dauzat décerné par la Société de linguistique romane (1985) ; médaille de bronze du CNRS (1991).
Vice-président de la Société de linguistique romane.
Membre du comités de rédaction de la Revue de linguistique romane, de la Revue des langues romanes, d’Estudis Romànics, de la Nouvelle Revue d’onomastique.

Thèmes de recherche

Linguistique historique des langues romanes, spécialement galloromanes (français, francoprovençal, occitan) : lexicologie, étymologie ; toponymie et anthroponymie ; dialectologie et géolinguistique ; genèse des langues romanes ; étude linguistique et localisation des textes médiévaux et de la Renaissance ; morphologie des états de langue médiévaux ; variétés géographiques du français ; dérivation délocutive (lexique et onomastique) ; vocabulaire de Rimbaud.

Travaux

Französisches Etymologisches Wörterbuch. Eine Darstellung des galloromanischen Sprachschatzes von W. von Wartburg, t. XXV, publié par J.-P. Chambon 1985-1992, par J.-P. Chauveau 1996-2002, Bâle, 1970-2002 ; t. XXII (1re partie), Matériaux d’origine inconnue ou incertaine, publié par Margaretha Hoffert 1976, par J.-P. Chambon 1986-1990, par J.-P. Chauveau 1997, Bâle, 1976-1997.
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CHAMBON, Jean-Pierre. “Quelques régionalismes de moyen français en Bourbonnais (Moulins 1498)”, dans
Mélanges sur les variétés du français de France, d’hier et d’aujourd’hui (II), Paris, Klincksieck, 1997, p.21-33.
(Matériaux pour l’étude des régionalismes du français 10)

« Dialogues sur la condition post-moderne » produit par Roger Pillaudin - France Culture 18 décembre 1979

La pensée post-moderne
D’après « Dialogues sur la condition post-moderne » Jean-François Lyotard avec Vincent Descombes, produit par Roger Pillaudin - France Culture 18 décembre 1979

* Il y a eu des post-modernes à toute époque même si c’est généralement après la modernité
* Légitimer par la narration : humanisme émancipateur français et idéalisme allemand
* La fin des récits et le post-modernisme
* Quelle place pour la philosophie si elle n’est plus là pour légitimer ?

Il y a eu des post-modernes à toute époque même si c’est généralement après la modernité
Post moderne consiste à désigner et à repérer quelque chose qui se passe après la modernité mais parfois également avant ou pendant (par exemple Diderot avec le « neveu de Rameau » ou « Jacques le fataliste » sont a ses yeux post modernes). Les post-modernes sont post-romantiques mais on pourrait trouver aussi des post modernes chez les grecs)

Légitimer par la narration : humanisme émancipateur français et idéalisme allemand
Les hommes ont cherché à résoudre le problème de la légitimation :« qu’est-ce qui permet de dire qu’une action est juste ou qu’un exposé est vrai »)

La solution a été trouvée à la fin du XVIIIème siècle en France et en Allemagne dans des édifices théoriques ou idéologiques :

* Le récit de l’humanisme émancipateur chez les français (par exemple Condorcet)
* Le récit de l’idéalisme allemands (par exemple avec Ficht, Schleiermacher, Hegel).
o L’idéalisme doit donner leur légitimité à l’étude par l’université des savoirs positifs.
o Les allemands pensaient que la philosophie était la faculté qui servait à sauver les autres savoirs de la simple positivité, c’est à dire de la stupidité.
o C’est dans cette faculté que les autres savoirs venaient au savoir d’eux même, savoir sur le savoir c’est à dire la spéculation.


Il n’y a qu’avec Marx que les deux courants sont réunis mais dans les deux cas la légitimation nécessite un parcours temporel (le temps est fondamental par exemple dans Hegel). La légitimation s’est faite donc à travers quelque chose qui ressemble à un « grand récit ».

Le romantisme est une version possible où ce différé perpétuel du savoir et de l’expérience est perçu comme quelque chose de connoté comme une perte (absence de Dieu par exemple) et donc perçu comme une forme de nostalgie ou de détresse.

La fin des récits et le post-modernisme
Mais il y a une puissance propre de la narration. Elle ne peut s’interpréter que dans le rapport entre le narrateur, le narrataire (le personnage dans une narration à qui on raconte le récit, l'équivalent du narrateur), et le récit. On a donc bien d’autres choses que le signifié (Voir aussi le discours chez Lacan)

Pour Jean-François Lyotard : Ces récits ne sont plus crédibles. L’idée que « L’histoire du savoir est l’accession de l’esprit à lui même » a fait faillite avec les deux guerres mondiales et par la suite, avec la subordination de la science à des fins de pragmatiques de performance (quelle quantité d’énergie dépensés par rapport à l’énergie utile produite). On ne peut plus croire au récit idéaliste allemand

« Ce qui s’use ce n’est pas tellement le récit mais la faculté de légitimer qui avait été assignée à ces récits »
D’un certain point de vue, le post moderne serait la satire, c’est à dire la saturation de tous les genres.

Quelle place pour la philosophie si elle n’est plus là pour légitimer ?
Le philosophe a utilisé malgré tout le récit mais de façon mineure. A partir de la tradition française et de la tradition post kantienne, le récit n’est plus là.

« La philosophie est en train d’être totalement déplacée par cette opération. Elle ne peut plus apparaître comme l’endroit où l’esprit vient à lui même dans la connaissance de ses activités soit pratique soit de savoir. » … comme le lieu de la légitimation (même si Hegel considère que ce terme est à mépriser)

« La philosophie en tant que telle ne peut pas continuer, ou alors on va lui faire jouer un rôle abominable, c’est à dire le rôle que tel ou tel philosophe allemand pas plus idiot qu’un autre a essayé de jouer pour donner au nazisme le fondement qui lui manquait c’est à dire un fabriquant des mythes ou du fascisme ».

Paul Krugman Nobel Prize in Economy




1. Becoming an economist

I have a self-serving theory: interesting ideas have very little to do with interesting life experiences. According to this theory a person who has grown up in eight countries and speaks five languages, who has taken a dogsled across Siberia and a raft down the Amazon, is no more likely to have a deep insight into social science than someone who grew up in a safe middle-class suburb reading science-fiction novels.

I hope this theory is true, because I have an utterly conventional background. I was born in 1953, at the peak of the baby boom. I grew up in the New York suburbs, had an ordinary education (I attended one of the many John F. Kennedy High Schools), and went on to four uneventful college years.


Perhaps in the end the question one should ask of any scholar is what purpose he feels his work serves. I could claim great nobility of character and tell you that I work for the good of humanity. Or I could try to shock you and tell you that all I care about are the financial and professional rewards. Neither would be entirely false. I am, indeed, a bit of a romantic who believes, rather in the face of the evidence, that good ideas eventually prevail and make everyone's life better. I am also not an ascetic: I will not sneer at a nice honorarium or a free trip to a pleasant location.
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CONCLUSION

But the honest truth is that what drives me as an economist is that economics is fun. I think I understand why so many people think that economics is a boring subject, but they are wrong. On the contrary, there is hardly anything I know that is as exciting as finding that the great events that move history, the forces that determine the destiny of empires and the fate of kings, can sometimes be explained, predicted, or even controlled by a few symbols on a printed page. We all want power, we all want success, but the ultimate reward is the simple joy of understanding.


Paul Krugman